« Ainsi et de fait, dans l’univers où nous vivons, la personne est bien plus souvent exposée qu’entourée, désolée que communiquée. Elle est avidité de présence, mais le monde entier des personnes lui est massivement absent. La communion est plus rare que le bonheur, plus fragile que la beauté. Un rien l’enraye ou la brise entre deux sujets : comment l’espérer entre un grand nombre ? » — Emmanuel Mounier
Aurions-nous manqué les dernières nouvelles ?
A en croire certaines, la communication n’aurait plus besoin de communicants : des artefacts prétendument intelligents génèrent des images et des textes, les téléphones prennent les meilleures images, et le monde est à portée de post.
Pourtant, derrière les apparences d’une com’ facile, accessible et spontanée, il y a les illusions perdues de cette société de l’info-communication dont nous sommes les enfants.
Un désastre d’incompréhension, des gouffres de solitude, l’inconsistance des identités numériques, le diktat des outils, la violence du mensonge, la perversité des manipulations grossières… Dans une société qui cherche son commun, des âmes perdues qui ruminent leur blasement : « tout ça c’est que d’la com.. ». Le sourire amer, cool, fière et légère, la com’ nous l’a fait à l’envers, alors que le sujet est grave, la tâche ingrate et l’ouvrage toujours fragile.
Pourquoi donc fonder une agence de communication en 2023 ?
Parce que la communication n’a rien perdu de sa légitimité ni de sa nécessité. Elle est toujours l’acte primordial, le besoin élémentaire de toute vie, de toute entreprise, de tout individu autant que de toute société. Mais c’est aussi l’évidence la plus énigmatique, une problématique sans cesse renouvelée, presque mystérieuse.
Voilà qui rend humble : nécessaire et difficile, la communication véritable, l’art de fabriquer du commun, n’est pas qu’une affaire d’outils, de modes et de stratagèmes. Il se peut même que sous leurs airs de facilitateurs, ceux-là ne fassent qu’embrouiller un peu plus la question. Plus que jamais, la question de la communication nous renvoie à ce que nous sommes profondément et à ce à quoi nous aspirons en tant qu’êtres humains condamnés à vivre ensemble. Car il n’a certes jamais été aussi aisé de fabriquer des apparences, mais qu’en est-il au tréfonds ?
Nous ne la croyons ni facile ni secondaire, ni évidente ni définitivement acquise. La communication est le paradoxe de l’époque, le combat et le sacerdoce que nous nous sommes choisi comme bien d’autres avant nous, dont l’humilité et l’ardeur à la tâche nous obligent : les imagiers du moyen-âge qui saignaient leur main pour arracher quelques symboles éternels à la pierre ; les ouvriers typographes lyonnais du XVIe Siècle, anonymes passeurs acharnés, et leurs maîtres, libraires et éditeurs courageux, parfois au péril de leur vie… Bien avant de passer pour facile et légère, la communication a été rude : c’est qu’elle doit en valoir la peine.
A la lumière de son histoire, à l’ombre de sa supposée suprématie dans le monde contemporain, nous ne l’aborderons qu’avec des questions : Comment la rendre possible, réellement possible ? Par quelles voies, nécessairement escarpées, atteindra-t-on cet idéal qui devrait être celui de tout effort de communication authentique, cette communion plus rare que le bonheur, plus fragile que la beauté ?
Telle est pour nous la tâche singulière du communicant, ici et maintenant. Explorer et apporter des réponses concrètes à ces interrogations, qui s’imposent aujourd’hui à toute réflexion sincère sur l’acte de communiquer. Oser affronter la part de méandres, regarder en face l’ombre au tableau de la communication pour mieux voir et faire jaillir la lumière nécessaire. Éclairer, explorer et vous accompagner sur le chemin qui mène à cet idéal.
Car tel est bien son but, et donc le nôtre : l’illumination d’un message qui porte jusqu’à l’autre, la rencontre d’une entité, d’une idée, d’une possibilité, la relation maintenue et bien équilibrée entre elles, la portance solide et rassurante d’un pont jeté entre des êtres.
L’humanité, la société, ne sauraient se résigner à détester fondamentalement cette communication qui les fondent à cause de quelques faux-semblants qui la trahissent. Si le vernis craque, c’est heureux : la communication mérite de se retrouver. Ce serait bien La Moindre des Choses. C’est en tout cas, pour nous, la moindre des choses que d’y aspirer et d’y contribuer à la hauteur de la confiance que l’on nous fait.
