Depuis Lyon

L’ancrage territorial n’est pas forcément la première qualité que l’on attache à une agence de communication. Mais depuis Lyon, cet ancrage revêt une signification particulière, tant l’histoire de la ville et celle de la communication sont justement liées.

A l’ombre d’une imprimerie

Nous ne le savions pas encore mais, enfants, nous étions voisins d’une ancienne imprimerie lyonnaise parmi les plus illustres. A l’époque, l’industrie avait déjà quitté ces locaux du centre-ville et ce n’est que plus tard, au détour des rayons des bouquinistes, que nous avons découvert nombre de vieux volumes sortis des presse des Éditions Rey, sises au 4 rue Gentil.

C’était découvrir bien plus que cela : à travers l’histoire de cette honorable maison, c’est une partie de la grande histoire de la ville, du livre et même du pays qui se raconte… Fondée au XVIIIe siècle, elle aura eu pour dirigeants quelques grands noms comme ceux de Ballanche ou de Louis Perrin, dessinateur des fameux caractères augustaux et parent de bien d’autres grandes figures lyonnaises dont Sainte-Marie Perrin, architecte de l’emblématique basilique de Fourvière.

Et cette histoire vit encore : parmi les imprimeurs locaux avec qui nous travaillons aujourd’hui, certains ont fait leurs classes sur les presses typographiques du 4 rue Gentil quelques années avant que nous ne foulions, sans le savoir, le même sol qu’eux.

Il faut dire que Lyon, et plus précisément ce quartier qui nous a vus grandir, hérite de six siècles de tradition d’imprimerie : à la Renaissance, on vient des quatre coins du pays, si ce n’est du continent, pour faire imprimer et diffuser ses écrits. Dolet, Gryphe, Husz et consorts impriment Rabelais, Nostradamus et bien d’autres…

Pas étonnant, donc, qu’à quelques mètres seulement de la rue Gentil, on trouve un remarquable Musée de l’Imprimerie et de la Communication Graphique. D’ailleurs, celui-ci est installé dans une rue elle-même marquée par une étonnante histoire : au XIIe siècle y vivait un riche marchand du nom de Pierre Valdo. Saisi par la lecture de l’Evangile, l’homme décida de tout quitter pour prêcher et vivre dans la pauvreté. En partant, il fit traduire les textes sacrés en langue vulgaire afin de les rendre accessible au plus grand nombre. Près de mille ans plus tard, son enseignement est encore suivi par de nombreux fidèles vaudois, notamment en Italie. Là encore : une singulière histoire de communication et de propagation, comme il en est souvent question en matière de religion.

Ce sont d’ailleurs les activités éditoriales lyonnaises de François de Sales qui font de lui le saint patron des communicants, écrivains et journalistes. Il trouva dans l’imprimerie lyonnaise un formidable outil de communication et fonda les premiers journaux catholiques.

Est-ce donc un hasard si, bien plus récemment, lorsque notre révéré maître ès médiologie Régis Debray, fondateur de cette discipline d’étude des faits de transmission particulièrement intéressée au domaine du sacré, intégra l’Université, ce fut un établissement lyonnais qui lui offrit une chaire ?

Ancrage et ouverture

Tout le contraire d’un chauvinisme repoussant, à rebours d’un sentiment de supériorité déplacé, cet ancrage local qui nourrit, inspire et guide notre approche de la communication est un gage d’ouverture en même temps qu’un héritage considérable qui oblige à l’humilité.

Car si la ville est si portée sur la communication, c’est parce qu’elle s’est toujours vécue et pensée en relation avec le vaste Monde. Ceci dès l’antiquité, par sa situation géographique au croisement des voies de… communication. De là, elle devint une ville marchande, par nature ouverte aux voyageurs — Rabelais la surnommera myrelingues, qui signifie mille langues.

Le commerce et l’industrie (notamment la soie), la foi, l’innovation dans les techniques de l’information (de l’imprimerie au cinématographe), tout ce qui marque profondément Lyon est affaire d’échanges, de diffusion, de relations parfois improbables nouées au gré d’une histoire toujours surprenante, au fil de longs siècles où la communication était un art bien plus difficile qu’il ne paraît l’être aujourd’hui.

Depuis Lyon, à la lumière des millénaires d’un passé qui vit encore pour qui sait le découvrir entre les lignes, c’est en fait un étonnant mais imprenable point de vue sur le Monde qui s’offre, et une incroyable leçon de choses en matière de communication et de transmission.

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